Rencontre avec Pierre-Olivier Rollin, directeur du musée d’art de la Province du Hainaut, le BPS22

Au niveau des arts plastiques,  remarquez-vous une effervescence à Charleroi ?

Il y a clairement à Charleroi et, de façon plus générale en Fédération Wallonie-Bruxelles, une prise de conscience du rôle moteur que peuvent jouer les institutions culturelles pour une ville.

Mons 2015 a-t-elle joué un rôle dans cette prise de conscience ?

En Wallonie, Mons est devenue la capitale de la culture par défaut. Il faut féliciter Mons d’avoir su en profiter pour faire de la culture un remarquable outil de développement. Mons 2015 est une très belle réussite qui a envoyé un message clair : les institutions culturelles sont importantes en terme d’attractivité au sein d’une ville.

Cela se vérifie à Charleroi qui est en solide déclin depuis trente ans. Malgré les difficultés, les institutions culturelles, le BPS22, le Musée de la Photographie, Charleroi Danses ou encore le Théâtre de l’Ancre ont su garder la tête hors de l’eau. ‘Si la ville de Charleroi n’a que très peu d’atouts, ses institutions culturelles en font partie’. Si ce constat du bourgmestre Paul Magnette est sévère, il faut admettre qu’il est objectif.

Paul Magnette pour la culture, une bonne nouvelle ?

Charleroi sur 15 ans c’est cinq bourgmestres, sept échevins du tourisme. Paul Magnette a pris conscience de l’importance d’une culture actuelle et contemporaine. Pour ses prédécesseurs le modèle dominant en matière culturelle c’était la nostalgie. L’attrait a toujours été pour les formes passées et jamais contemporaines.

Paul Magnette intègre, quant à lui, l’ensemble des acteurs culturels dans sa politique de redéploiement urbanistique. C’est un changement radical. Avant dans le meilleur des cas on avait l’indifférence et au pire du mépris.

Peut-on déjà parler d’un rayonnement international ?

Charleroi revient de loin. Il y a encore énormément de travail. Je ne pense pas que notre public cible soit celui de l’aéroport mais peut-être dans le futur il serait intéressant de développer des outils de promotion spécifiques pour attirer cette foule dans nos institutions. Aujourd’hui, il reste un travail prioritaire et considérable pour la majorité de nos visiteurs qui viennent en train ou en voiture. Après 15 ans d’existence, le BPS22 ne bénéficie en effet d’aucune signalétique dans la ville et en dehors !

Les Bruxellois viennent-ils jusqu’à Charleroi ?

Si Bruxelles représente un gros potentiel de visiteurs, je ne remarque pas la présence particulière de Bruxellois. Nos visiteurs viennent de partout. Certaines expositions vont intéressées particulièrement la Flandre, d’autres comme l’exposition de Jean-Luc Moerman attireront davantage les jeunes de Charleroi et de Bruxelles. Il n’y a pas de constante et cela dépend essentiellement des projets. Le public est fragmenté et l’avenir des institutions passera inévitablement par un fractionnement de l’offre.

En terme de programmation y a-t-il des exigences belgo-belge ?

Notre seule et unique exigence est de défendre le travail des artistes hennuyer et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Je pense que nous faisons correctement notre travail et j’aimerais maintenant que nous soyons reconnus par la Communauté française.

Quel est aujourd’hui le statut du BPS22 ?

Nous sommes toujours en négociation avec la Fédération Wallonie-Bruxelles pour obtenir le statut légitime de musée. Nous attendons encore la décision de Madame la ministre Joëlle Milquet. C’est très gentil de dire que nous sommes un ‘petit Guggenheim’ mais notre réalité est un budget de petit BPS22…

Pourquoi la ville devrait-elle investir davantage dans la culture ?

Comme la plupart des institutions culturelles nous sommes constitué en asbl. Nous recevons des subventions, nous obtenons nos recettes propres et en fin d’exercice il faut être à l’équilibre. Notre argent est intégralement dépensé dans des entreprises si pas locales au moins régionales ou nationales. Ceci implique une création d’emplois et démontre que l’argent investit dans la culture fait in fine tourner l’économie. Si l’argent rentre, il est réinvestit pour le projet à travers un ensemble d’institutions.

Entretrien Boris Rodesch

BPS22 Musée d’art de la Province de Hainaut