Un projet novateur et performant, élaboré par les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique et l’Institut Culturel Google, présente actuellement in situ et en ligne les œuvres de Pieter Bruegel l’Ancien de façon inédite : Bruegel. Unseen Masterpieces. La réalité augmentée mise ainsi au service de l’art a su capter en ultra-haute définition les plus fins détails picturaux et rend désormais visible l’invisible du génie du maître flamand.

Au plus près de Bruegel 

Autour de la figure du célèbre artiste belge, un panel d’expériences numériques plonge le visiteur dans un monde bruegélien foisonnant de détails insoupçonnés. Une sélection d’œuvres en provenance de huit musées internationaux illustre cette thématique. Parmi elles figurent, projetées du sol au plafond, sur les murs blancs de la Bruegel Box, Les Proverbes ou encore La Prédication de saint Jean-Baptiste. L’effet est saisissant et le visiteur est instantanément embarqué dans le voyage. Des bornes interactives permettent également de réaliser des agrandissements très poussés, d’accéder aux détails des œuvres numérisées ou encore à une série d’informations complémentaires. Enfin, la Google Cardboard (un masque de réalité virtuelle) est sans doute la partie la plus accrocheuse de la visite pour le jeune public. Combinée à un smartphone, elle offre une vision à 360° en 3D et donne vie aux créatures hybrides et étranges de La Chute des Anges Rebelles.

Notons toutefois qu’un nécessaire retour à l’œuvre originale est souhaitable pour apprécier chaque détail à sa juste valeur, dans l’ensemble de la composition, et ce, pour ne pas rompre la lecture ancestrale de l’œuvre d’art portée par un regard global et unitaire.

La définition exceptionnelle des images d’œuvres d’art numérisées en ultra-haute définition révèle les détails picturaux et engendre une extrême proximité avec elles. La firme américaine Google a utilisé la technologie du « Gigapixel » (c’est-à-dire plusieurs milliards de pixels) pour numériser 12 œuvres de l’artiste – soit un quart de l’œuvre complète du peintre – dans leurs moindres détails. Ces œuvres digitales célèbrent d’ores et déjà le 450e anniversaire prochain de la mort de Bruegel. À travers la description de paysages fantaisistes ou de scènes pittoresques de la vie populaire, le maître flamand intégrait à ses peintures quantité de détails, quasiment imperceptibles à l’œil nu. À croire que le peintre du XVIe siècle avait compris qu’un jour l’enjeu esthétique résiderait dans la perception de l’infiniment petit.

À l’ère du digital

De plus en plus utilisée dans le domaine du patrimoine, la réalité augmentée peut être considérée comme faisant partie du dispositif de communication ludique des musées. Aussi, Bruegel. Unseen Masterpieces concrétise une démarche réflexive sur les changements en cours en matière de muséologie.

L’appréciation esthétique d’une œuvre d’art par le public semble reposer de nos jours sur un mode « tactile » et une vision morcelée. Le visiteur accède à un discours scientifique, des informations complémentaires, des détails en très gros plan avec sa tablette, son smartphone ou un dispositif spécifique impliquant des répercussions dans la réception contemporaine des œuvres d’art.

De plus, le musée belge et la firme américaine ont fait le choix de rendre accessible 12 œuvres et 19 courts exposés virtuels à travers une plateforme consultable. Véritable musée virtuel, l’Institut Culturel Google totalise, depuis sa création en 2011 à ce jour, plus de 40 000 images d’œuvres d’art numérisées. Cette initiative – loin d’être la seule (Street Art Project, Giza3D, CultureClic, Paris 3D Saga, etc.) – ouvre la voie à de nouveaux modes de partage et de diffusion du patrimoine culturel à travers divers supports numériques. Espérons que l’expérience esthétique de l’art à partir d’un écran ne se fasse pas au détriment des visites en chair et en os dans les institutions muséales ; et au contraire, qu’elle stimule le public et le renvoie aux œuvres-mêmes.

Lindsay Roels

Exposition et exploration virtuelle

Exposition

Bruegel. Unseen Masterpieces 

Jusqu’au 16 mars 2020

fine-arts-museum.be

http://www.google.com/culturalinstitute/bruegel/