Pour sa nouvelle exposition intitulée Territoire Fragile ou la vulnérabilité des corps , la photographe France Dubois investit la Chapelle de Boondael et joue sur le rapport entre le corps et l’invisible pour mieux poser la question de la souffrance.

 Ode à une beauté bouleversante et à une indéniable poésie dont le mystère fait le charme, ses photographies témoignent de la douleur d’un corps et de son ressenti sous tension. Aussi, la photographe bruxelloise parvient à transmettre avec sensibilité et délicatesse le non-décelable du corps tourmenté et de l’âme écorchée. D’une portée insoupçonnable. Les clichés sont purs, beaux et si proches qu’ils captent instantanément le regard et résonnent en nous.

Le calme qui règne sur le centre d’art, y compris dans l’accrochage très sobre et mesuré, plonge le visiteur dans une ambiance contemplative. Sans faire de bruit, parfois en s’arrêtant longuement devant l’une ou l’autre photographie envoûtante, on passe d’une table à l’autre jusqu’à un triptyque magistral qui se révèle être la ligne de force du parcours onirique et tumultueux dont on s’impreigne.

D’une délicatesse touchante. La réalité n’est jamais brute. Aucun stigmate, aucune trace de substance invisible. Ce projet nous propose un regard sur la rencontre avec le mystère où l’invisible douleur provient de la matière de la nuit, telle le corps nappé de noir. Mais la souffrance, au centre de l’exposition, n’est pas seulement enfouissement et solitude. Ces images, ‘guidées par le besoin de se sentir vivant, de partir en quête de l’invisible et d’instants d’apaisement’, prennent parfois des allures mystiques que des formes exsudent à l’appel de l’adoucissement.

Dans le cadre du cycle d’expositions CORPUS – Le corps dans l’art contemporain, les lieux offrent une carte blanche à la talentueuse photographe qui approfondit sa réflexion sur le contact douloureux de l’invisible. Deux séries s’y mêlent harmonieusement : Voyage en invisible ou la vulnérabilité des corps et – plus ancienne – Dissociated. Dans le propos mais aussi dans son art, toujours élégant et épuré, on entre de plain-pied dans un univers de chair vulnérable, de fêlures psychiques et d’accalmies éphémères. Sans souci de chronologie, les séries se mélangent, le temps n’a plus d’importance.

Le travail de France Dubois englobe cette dimension fragile avec, comme à son habitude, intelligence, technique et authenticité. Régulièrement exposée en Belgique, elle s’est fait connaître hors de nos frontières, notamment en France, en Angleterre, aux États-Unis, en Lituanie et au Japon. Le présent projet prendra d’ailleurs la route pour l’ouverture de la galerie Fotofabrik Bxl-Bnl à Berlin en mai prochain, ainsi qu’à San Francisco en juillet pour le programme VAR.

La photographie d’art semble emporter France Dubois dans un monde accessible à elle seule, véritable laboratoire intérieur. Car s’abandonner à la photographie, répondre à un ostensible besoin, permet de lâcher-prise. N’est-ce pas là un des bienfaits de l’art : offrir une échappatoire ?

Bien plus qu’une tranche de vie de l’artiste, le territoire de France Dubois reflète la vulnérabilité des corps comme une tranche d’humanité, allant à l’essence même de sa fragilité. Et c’est suffisamment rare pour ne pas la savourer sans réserve.

Lindsay Roels

Territoire Fragile ou la vulnérabilité des corps

jusqu’au 1er mai 2016

Centre d’art Chapelle de Boondael, au 10 Square du Vieux Tilleul 1050 Bruxelles

www.francedubois.eu

www.ixelles.be/site/agenda.php?evenId=14391