Directeur de l’Espace Pierre Cardin à Paris, président fondateur du média culturel Artistik Rezo, Nicolas Laugero Lasserre est collectionneur d’art urbain. Sa collection, régulièrement exposée au public (30 expositions depuis 1998) compte plus de 300 œuvres, d’une trentaine d’artiste (Banksy Roa, Jef Aerosol, Monkey bird, Roti…)

Nicolas Laugero Lasserre, commissaire de l’exposition ‘IN’ aux Fêtes de la Saint-Martin – L’art dans la rue – présente une partie de sa collection pour la première fois en Belgique.

Quel est la différence entre graffiti et Street Art ?

Le mouvement regroupe l’ensemble des disciplines artistiques et une multitude de supports.

Ma collection réunit les deux grandes familles de l’art urbain : le graffiti et le Street Art. Le courant du lettrage, le graffiti s’exprime de façon sauvage. C’est l’essence vandale du Street Art. Les graffeurs sont typiques de la valeur démocratique du mouvement. De cette révolte adolescente, certains, au fil d’une pratique de plus en plus poussée – dont l’écriture devient abstraite et plastique – passent du monde de la rue au monde de l’art. Beaucoup de graffeurs présentent un vrai travail d’atelier.

En parallèle, le Street Art est une ligne plus figurative. Les street artists possèdent souvent une formation artistique et choisissent de développer, en complément de leur travail d’atelier, une pratique urbaine, de prendre le mur comme support. Pour eux, les galeries et le marché de l’art fonctionnent parallèlement et de façon complémentaire avec l’expression de la rue.

Ces deux origines dans la démarche finissent par se recouper et contribuent à la richesse du Street Art.

Les artistes du Street Art seraient-ils les marqueurs de leur génération ?

Souvent un mouvement artistique se caractérise par un manifeste. Pour le Street Art, personne n’en a réalisé. En revanche, ce qui permet de synthétiser le mouvement, c’est la rue, la gratuité, le côté militant, le regard qui est porté sur la société. Ce manifeste-là est inscrit dans l’ADN du mouvement, dans l’ADN des artistes. Le Street Art, avec les enjeux sociaux et politiques transmis par ses artistes, est le marqueur d’une génération.

Les réticences du monde de l’art sur l’acceptation du Street Art dans les galeries et les institutions se dissipent-elles ?

S’il y a quelques années, je passais pour un paria, un ringard, je suis aujourd’hui quelqu’un de pointu, un avant-gardiste… Les réticences tendent à se dissiper surtout grâce aux maisons de ventes qui contribuent à une acceptation grandissante de la part du premier marché. À Paris, le Street Art c’est désormais 10 ventes aux enchères par an et 50 galeries dédiées !

Aux réticents, victimes d’un certain conservatisme, je réponds que le Street Art est un art générationnel.

Pourquoi avoir accepté l’exposition ‘IN’ des Fêtes de la Saint-Martin pour votre premier commissariat ?

La notoriété et l’ancienneté de l’événement, mais aussi et surtout la personnalité de Max Van der Linden – fondateur des Fêtes de la Saint Martin en 1965 – ont suffit à me convaincre. Je n’ai malheureusement pas connu Max Van der Linden mais j’admire le personnage, sa démarche, son envie de démocratiser et de toujours proposer l’art au plus grand nombre. Je me sens proche de sa mission. C’était un honneur d’avoir été choisi mais aussi un défi de taille au vu des 48 éditions précédentes, de l’implication des habitants, des nombreux bénévoles et des 25 000 visiteurs présents chaque année.

Quelles ont été les lignes directrices de votre programmation ?

Il fallait montrer l’ensemble du mouvement, du graffiti au Street Art. Je voulais présenter des artistes belges avec un panel d’artistes étrangers. C’est aussi important de mélanger les générations. Je présente des œuvres de Jef Aerosol, pochoiriste français issu de la première vague d’artistes des années 80 et des œuvres des Monkey Bird, né de l’association d’un duo de jeunes artistes parisiens : Temor et The Blow.

Le leitmotiv était de démontrer que les street artists sont des artistes à part entière, en proposant, au-delà des interventions urbaines, des travaux d’ateliers.

Enfin à travers les clichés de la photographe Roswitha Guillemin, qui représentent les plus grandes fresques de Street Art dans le monde, j’insiste sur l’expansion mondiale du mouvement et je place Tourinnes dans ce contexte.

Que pensez-vous de la scène du Street Art en Belgique ?

Il était essentiel de présenter la scène émergente belge. J’ai profité d’une très belle rencontre avec Axel, artiste bruxellois. Il est vite devenu mon co-commissaire. Axel disposait d’une carte blanche pour me présenter des artistes belges et bruxellois en particulier. Axel, Èric Van Uytven, Öbule, Noé, Ler Art, et Farm Prod ont ainsi réalisés des performances in situ. L’énorme scarabée sur le hangar à l’entrée du village est l’œuvre de Farm Prod. J’ai aussi été particulièrement touché par le travail de Dzia. Il a une belle technique et un univers graphique très marqué.

Si je connaissais déjà sommairement la scène bruxelloise via le travail de Roa, de Bonhomme, je n’avais pas conscience d’un tel potentiel.

J’ai vraiment été séduit par la scène bruxelloise.

Entretien Boris Rodesch

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