En 2010, Corinne Buchet-Crommelynck – belle-fille d’Aldo Crommelynck – transmet au département des  Estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France (BnF) un ensemble de 200 estampes de grands artistes contemporains. Le Centre de la Gravure et de l’Image imprimée de La Louvière s’associe aujourd’hui à la BnF pour rendre hommage au grand imprimeur Aldo Crommelynck (1931-2008) en proposant l’exposition ‘De Picasso à Jasper Johns : L’atelier d’Aldo Crommelynck’. Rencontre avec Corinne Buchet-Crommelynck.

Expliquez-nous la genèse de cette exposition ?

La BnF voulait déjà organiser une exposition sur Aldo Crommelynck de son vivant. Malheureusement, Aldo, qui venait de perdre son épouse – ma mère – était très affecté et fatigué. Il lui était impossible d’y participer. Après sa mort, la BnF a de nouveau manifesté son envie d’organiser cette exposition. J’ai suivi les derniers souhaits d’Aldo et j’ai transmis en 2010 au département des Estampes et de la photographie de la BnF un ensemble de plus de 200 estampes imprimées. L’exposition présente ainsi 26 artistes – en majorité américains – qui avaient tous signés des épreuves pour la BnF.

Pourquoi avoir choisi le Centre de La Gravure à La Louvière ?

L’exposition a été présentée à la Bibliothèque nationale de France en avril 2014 avant d’être exposée au Musée Soulages à Rhodez. Le Centre de la Gravure et de l’Image imprimée souhaitait s’associer au projet, vu les racines belges d’Aldo, mais surtout parce que présenter des gravures d’Aldo Crommelynck, c’est la garantie de proposer un travail de qualité.

Quels étaient les liens qui unissaient Aldo et ses artistes ?

Aldo était extrêmement pointilleux, très perfectionniste. Les artistes qui ont travaillé avec lui appréciaient cette qualité et ont appris beaucoup à ses côtés. Les gens comprennent mal les liens qui unissent l’artiste et son imprimeur. Il y a un échange constant. Aldo devenait l’outil, la main de ses artistes. Il y a des artistes qui sont plus doués, comme Picasso qui était extraordinaire, et dont Aldo a énormément appris. D’une façon générale, ils ont besoin l’un de l’autre et cela entraîne une émulation positive.

Quel est votre rapport à la gravure ?

J’ai étudié la gravure dans une école d’art. Lorsque ma mère a rencontré Aldo, je devais avoir 17-18 ans. J’ai donc bien connu tous les artistes anglais et américains de sa seconde période. Comme je parlais anglais couramment, j’étais souvent présente et ça m’intéressait. Ensuite, j’ai également travaillé avec la Pace Gallery à New York. Je connais donc bien la gravure.

Aldo Crommelynck a-t-il assuré une continuité dans son travail auprès des générations suivantes, y a-t-il encore une touche Crommelynck visible aujourd’hui ?

Oui, il a surtout formé des jeunes dans son atelier à New York. Beaucoup d’artistes avec lesquels il travaillait, essentiellement des Américains, ont été brieffé par Aldo et perpétuent aujourd’hui son œuvre selon ses procédés.

Comment présenteriez vous cette exposition ?

Pour tous ceux qui s’intéressent à la gravure, c’est le moment de venir voir cette exposition. Aldo Crommelynck est un graveur qui a su faire le lien entre la gravure classique du 19e et du début du 20e siècle. Il a travaillé avec tous les plus grands, Picasso, Matisse… L’exposition retrace l’histoire de son atelier en présentant une centaine d’œuvres issues de ses collaborations avec les artistes qu’il a rencontré à Paris et à New York. C’est est une occasion exceptionnelle de découvrir des estampes rarement montrées et signées par Richard Hamilton, David Hockney, Jim Dine ou Jasper Johns…

Pour conclure, auriez-vous une anecdote par rapport au travail d’Aldo Crommelynck ?

Oui, je me souviens que Chuck Close disait : ‘Si les aquatintes d’Aldo ont une teinte si particulière, c’est dû à la fumée des gitanes qu’il fume et crache par-dessus.’

Boris Rodesch

http://www.centredelagravure.be